Destruction et création sont au cœur de l'œuvre que nous présente Yannick MOURÉ. Il nous propose les premières œuvres d'un projet plus vaste, intitulé Les Gris du Cœur, qui devrait au final former un mur d'images de soixante mètres carrés. « Un grand Gris pour ne plus me taire ... mais un Gris du cœur, évidemment! » se plaît à dire l'artiste. De cette fresque d'un gris bleuté jaillissent, dans un éclat de couleurs, des instants précis. Successions de moments particuliers formant l'uniformité du temps. L'artiste nous offre à voir le morcellement du tout, chaque toile ayant une vie propre en dehors de l'ensemble. Toute son œuvre repose sur la notion de dualité : dualité entre abstrait et figuratif, entre destruction et création, entre dit et non-dit, entre gris et couleurs...
Depuis la mythologie jusqu'aux évènements les plus actuels, il puise dans l'histoire du monde pour nous livrer des sortes de paraboles. La Coquatrix et le sauroctone raconte la victoire de l'homme-guerrier sur le monstre légendaire, lecture mythique de l'histoire de Saint Georges terrassant le dragon. Dans 4,6 milliards de dollars, l'artiste nous conte cette fois la victoire du monstre. Les évènements du onze septembre lui servent de cadre pour montrer la solitude et l'impuissance de l'homme face à sa propre destruction. Vision d'un monde apocalyptique, Hier et Demain dépeint la fin de l'humanité, où seuls des chiens fantomatiques et infernaux errent au milieu des idoles. Mais l'espoir est permis : dans cette désolation, une fleur est née...
À ces trois temps de la destruction, l'artiste oppose la création. Le singe bleu est un hommage à la musique, tandis que Ah, te voilà toi! se veut une représentation allégorique de l'Inspiration du peintre, muse botticellienne venue soutenir l'artiste dans l'acte de création.
En apposant ses toiles les unes à la suite des autres, Yannick MOURÉ nous montre comment chaos et création sont liés, comment ils s'engendrent l'un l'autre. Mais comme aucune vérité n'est unique, l'artiste ne nous impose pas une vision. Comme un puzzle gigantesque, chacune de ses œuvres peut changer de place, donnant un sens différent à ce cycle. Nous invitant à découvrir les multiples visages du monde, l'artiste cherche à décaler notre regard. Tout est double semble-t-il nous dire...
Pauline MOURÉ
Doctorante en Histoire de l'Art |